Par Cyril Noirtin
Participer à une Convention du Rotary International, c’est toujours mesurer la force d’un réseau mondial.
À Taipei, cette force était particulièrement visible : plus de 38 000 participants venus de 140 pays et régions, réunis autour d’une même conviction — le service peut encore transformer le monde.
Mais au-delà de l’ampleur du rassemblement, je retiens surtout un message : le Rotary entre dans une nouvelle étape. Une étape où l’amitié, l’engagement et l’action doivent se traduire plus clairement en impact durable.
Mais le monde dans lequel nous agissons a changé. Les crises sont plus complexes, les besoins plus imbriqués, les attentes plus fortes. Les enjeux de santé, d’éducation, d’accès à l’eau, de paix, d’environnement ou de développement économique ne peuvent plus être abordés isolément.
C’est pourquoi l’un des messages forts de cette convention a été la nécessité de passer d’une logique d’action à une logique d’impact. Il ne s’agit plus seulement de faire le bien, mais de démontrer ce que nos actions changent réellement, pour qui, comment et dans la durée.
Cette évolution a été particulièrement mise en évidence par Holger Knaack, président de la Fondation Rotary. Il a rappelé que la Fondation permet aux clubs et aux districts d’agir dans les grands domaines de priorité du Rotary, tout en insistant sur l’importance des projets mesurables, durables et conçus avec les communautés concernées.
Le programme de subventions « Programs of Scale » illustre parfaitement cette orientation. Il permet de soutenir à grande échelle des initiatives déjà éprouvées. Le nouveau programme consacré à l’eau et à l’assainissement en Haïti a été présenté comme un exemple fort de cette volonté d’agir dans des contextes difficiles, avec une ambition claire : renforcer les capacités locales et réduire les maladies d’origine hydrique.
La convention a également rappelé que l’éradication de la polio demeure l’un des engagements les plus emblématiques du Rotary et son programme prioritaire.
Depuis 1985, l’action du Rotary et de ses partenaires a permis de vacciner et de protéger près de 3 milliards d’enfants contre la poliomyélite. Holger Knaack a rappelé l’ampleur des moyens humains, financiers et logistiques mobilisés pour poursuivre cet objectif.
L’Afghanistan et le Pakistan demeurent les seuls pays où le poliovirus sauvage circule encore, tandis que des flambées de variants persistent dans certaines régions d’Afrique, notamment au Nigeria. Grâce à un financement annuel de 50 millions de dollars de la Fondation Rotary et de 100 millions de dollars de la Fondation Gates, les campagnes de vaccination contre la polio s’accompagnent désormais d’actions de santé plus larges visant à renforcer les systèmes sanitaires et à améliorer le bien-être des communautés.
Le séminaire des responsables de l’action internationale de district, pour lequel je suis intervenu, a montré combien l’action internationale ne doit plus être considérée comme une dimension périphérique de l’engagement rotarien. Elle est au contraire l’un des leviers les plus stratégiques du Rotary.
Les cinq avenues de service (action intérieure, action professionnelle, action d’intérêt public, action internationale et action jeunesse) ne sont pas des silos. Elles se renforcent mutuellement. Lorsqu’elles sont bien articulées, elles permettent de bâtir des projets plus solides, plus cohérents et plus transformateurs.
Le rôle des responsables de l’action internationale est donc de connecter : connecter les clubs, les districts, les expertises, les partenaires, les groupes d’action, les anciens participants aux programmes du Rotary et les communautés locales.
Mon rôle de Doyen du réseau des représentants du Rotary auprès des Nations Unies me conduit naturellement à regarder ces enjeux dans une perspective plus large.
Le Rotary et les Nations Unies partagent une histoire, mais surtout une ambition commune : promouvoir la paix, encourager la coopération internationale et soutenir le développement humain. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les conflits, les déplacements de population et les inégalités d’accès à l’éducation, à la santé ou à l’eau, cette relation est plus actuelle que jamais.
Le Rotary dispose d’un atout exceptionnel : un réseau mondial de clubs enracinés dans les communautés locales. Les Nations Unies offrent, quant à elles, un cadre global, des objectifs internationaux et une capacité de mobilisation institutionnelle.
L’intervention de Malala Yousafzai, plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix a été l’un des moments les plus forts de la convention. Son engagement au Pakistan dès l’âge de 11 ans, l’attentat dont elle a été victime à 15 ans, sa reconstruction, puis la création du Malala Fund illustrent la continuité de son combat pour la scolarisation des filles.
Son message est allé au-delà du plaidoyer pour l’éducation. Elle a parlé de santé mentale, d’amitié et d’action collective.
Elle a expliqué que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais une forme de courage. Elle a raconté combien la thérapie et le soutien de ses proches l’avaient aidée à se reconstruire après l’attentat de 2012. Elle a également souligné que chaque action compte, mais que l’impact devient beaucoup plus puissant lorsqu’il est porté collectivement.
Enfin, elle rappelé la force des amitiés solides dans les moments de fragilité et de reconstruction.
C’est d’ailleurs sur ce même thème de l’engagement et du lien social que John Hewko, secrétaire général et CEO du Rotary International est intervenu. Il a évoqué la solitude comme un enjeu mondial de santé publique. Il a rappelé que le Rotary offre, depuis plus d’un siècle, une réponse concrète à ce besoin de lien, d’appartenance et de sens. Il est un espace où l’on se sent utile, reconnu, connecté aux autres et engagé dans une cause qui nous dépasse.
Mais le Rotary doit s’adapter. Les attentes évoluent. Les contraintes personnelles et professionnelles changent. Les nouvelles générations ne s’engagent pas toujours de la même manière. Le Rotary doit donc rester fidèle à son esprit, tout en acceptant une plus grande diversité de formes : clubs hybrides, clubs thématiques, réunions centrées sur l’action, modèles plus souples et expériences de service plus immédiates.
L’adaptation n’est pas une menace pour le Rotary. Elle est une condition de sa vitalité.
La paix a également été au cœur de cette convention. Francesco Arezzo a rappelé que la paix ne se construit pas seulement par les symboles ou la diplomatie, mais aussi lorsque les communautés deviennent plus saines, mieux éduquées, plus stables et plus confiantes dans leur avenir.
Olayinka Hakeem Babalola, président élu du Rotary International, a prolongé cette réflexion en invitant les Rotariens à se demander si leurs actions créent réellement les conditions de la paix : confiance, dignité, opportunités, dialogue et réconciliation.
Cette approche est essentielle. Un projet d’accès à l’eau, d’éducation, de santé ou de développement économique n’est pas seulement une réponse à un besoin immédiat. Il peut aussi devenir un outil de stabilité, de cohésion et de paix.
La Convention de Taipei n’a pas seulement mis en lumière ce que le Rotary est aujourd’hui ; elle a aussi révélé ce qu’il peut devenir : un Rotary plus connecté, plus stratégique, plus ouvert, plus influent et plus impactant. Plus que jamais, il y affirme sa promesse fondatrice : servir au-delà de soi-même, aux côtés des autres, pour construire un changement durable.










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