Par Serge Gouteyron
En proposant sa propre conception de la Paix, le Rotary confirmera son rôle d’acteur de la vie publique.
« L’homme étant belliqueux par nature, il faut le contraindre par le droit » a écrit le philosophe Kant. C’est en fait la mission des organisations internationales et particulièrement celle du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Le forum de Paris de mars dernier sur l’avenir des organisations internationales, a recommandé une réforme de cette instance, de même il a recommandé d’accorder aux Nations Unies plus de place pour la société civile.
Cette proposition s’adresse directement à l’Unesco avec un Directeur à la tête du département mais il faudra être persévérants car les Etats n’y seront pas favorables d’emblée.
Faire respecter le droit international – pourtant la priorité du vivre ensemble mondial – apparait, pour le moment, comme une gageure tant les forces contraires sont dominantes.
La conception de la paix du Rotary ne se situe pas à ce niveau là puisque nous devons préserver sa neutralité.
Notre conception de la paix s’inscrirait plutôt dans la lignée de cette phrase de Spinoza « la paix, une volonté de bienveillance, de confiance et de justice » ou encore de cette autre de Ciceron « la paix, la liberté dans la tranquillité« .
Pour autant, comme rotariens, nous ne pouvons ignorer les défis auxquels nous devons faire face.
Les multiples conflits qui surgissent sur la planète – les violences liées à la puissance militaire, religieuse, ethnique – la montée inexorable des migrations humaines (elles ont doublé en 25 ans) – les nouvelles technologies, les cyberattaques et l’intelligence artificielle – la crise climatique et les catastrophes naturelles – l’évolution démographique (il y aura 4 milliards d’habitants supplémentaires à la fin du siècle) – l’économie mondialisée – la lutte contre les inégalités – le respect des droits humains.
Sur ces sujets et sur d’autres, des tribunes libres dans le cadre d’un cercle de réflexion rotarien élargi contribueraient à une prise de conscience non polémique.
A ses origines, l’objectif de Paul Harris et des fondateurs, était de « servir les intérêts authentiques de ses membres » associés à « une conduite loyale » soit les intérêts professionnels et sociaux mais vus dans la perspective humaniste d’une éthique professionnelle et d’une éthique de vie.
Cette authenticité doit perdurer dans notre conception de la paix.
Je pense que le point de départ de notre recherche se trouve dans l’expérience, unique au monde, acquise aujourd’hui par les Centres pour la Paix du Rotary.
En premier, celle des étudiants avec leur cursus et leur projet, puis celle du réseau international de professeurs, celle du staff très riche également, une matière grise incomparable, avec ses variants culturels et celle des associations rotariennes travaillant déjà pour la paix. Une mine d’idées, de réalisations en devenir, de vocations.
En partant de ce savoir énoncé, le Président du Rotary, le Board, le Secrétaire Général et ses services, lanceraient à destination des clubs, des districts, des associations rotariennes et des Institutes, une large consultation / réflexion dans le but de définir aujourd’hui ce que serait « une paix rotarienne« .
En même temps, l’opportunité d’un élan pour notre organisation.
Imaginons les attentes.
Des institutions internationales qui auraient le dernier mot tandis que le réseau des représentants du Rotary y porterait la voix du Rotary au plus haut niveau.
Une société marquée par la culture du Rotary et l’empreinte laissée par des « causes prioritaires » percutantes et localement par l’entregent des clubs.
Des valeurs de leadership et d’éthique reconnues.
Des chaires du Rotary.
Des groupes d’actions rotariens sollicités pour leur expertise dans la résolution des conflits et la médiation. Dans le passé, l’Equateur et le Pérou en conflits de frontières avaient fait appel, avec succès, au Rotary International pour régler leur différend.
L’atout principal du Rotary dans cette recherche, nous le trouvons dans la mise en œuvre, à chaque échelon et pour chacun, du « critère des 4 questions » d’Herbert Taylor.
Une démarche originale qui tient de l’introspection et du dépassement.
Débusquer sa vérité intérieure. Savoir reconnaître et rectifier lorsqu’il y a un défaut de loyauté.
Pousser à bien faire et bonifier les rapports humains. Que chacun y trouve son compte.
L’essence même d’une bonne médiation.
La personnalité rotarienne attachée à la compréhension mutuelle, à l’équité qui sait « se mettre dans la peau des autres » – c’était un programme du Rotary après-guerre – est la personnalité idoine pour promouvoir la paix civile et la cohésion sociale.
Définir collectivement sa conception de la Paix, la faire connaître et la mettre en œuvre serait pour le Rotary une avancée sans précédent vers l‘action publique


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