LA CULTURE DU ROTARY

Blog de Serge GOUTEYRON

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Préparer la Paix avec le Rotary – Volet 2

Par Serge Gouteyron

En proposant sa propre conception de la Paix, le Rotary confirmera son rôle d’acteur de la vie publique.

« L’homme étant belliqueux par nature, il faut le contraindre par le droit » a écrit le philosophe Kant. C’est en fait la mission des organisations internationales et particulièrement celle du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Le forum de Paris de mars dernier sur l’avenir des organisations internationales, a recommandé une réforme de cette instance, de même il a recommandé d’accorder aux Nations Unies plus de place pour la société civile.
Cette proposition s’adresse directement à l’Unesco avec un Directeur à la tête du département mais il faudra être persévérants car les Etats n’y seront pas favorables d’emblée.
Faire respecter le droit international – pourtant la priorité du vivre ensemble mondial – apparait, pour le moment, comme une gageure tant les forces contraires sont dominantes.
La conception de la paix du Rotary ne se situe pas à ce niveau là puisque nous devons préserver sa neutralité.
Notre conception de la paix s’inscrirait plutôt dans la lignée de cette phrase de Spinoza « la paix, une volonté de bienveillance, de confiance et de justice » ou encore de cette autre de Ciceron « la paix, la liberté dans la tranquillité« .

Pour autant, comme rotariens, nous ne pouvons ignorer les défis auxquels nous devons faire face.
Les multiples conflits qui surgissent sur la planète – les violences liées à la puissance militaire, religieuse, ethnique – la montée inexorable des migrations humaines (elles ont doublé en 25 ans) – les nouvelles technologies, les cyberattaques et l’intelligence artificielle – la crise climatique et les catastrophes naturelles – l’évolution démographique (il y aura 4 milliards d’habitants supplémentaires à la fin du siècle) – l’économie mondialisée – la lutte contre les inégalités – le respect des droits humains.
Sur ces sujets et sur d’autres, des tribunes libres dans le cadre d’un cercle de réflexion rotarien élargi contribueraient à une prise de conscience non polémique.

A ses origines, l’objectif de Paul Harris et des fondateurs, était de « servir les intérêts authentiques de ses membres » associés à « une conduite loyale » soit les intérêts professionnels et sociaux mais vus dans la perspective humaniste d’une éthique professionnelle et d’une éthique de vie.
Cette authenticité doit perdurer dans notre conception de la paix.

Je pense que le point de départ de notre recherche se trouve dans l’expérience, unique au monde, acquise aujourd’hui par les Centres pour la Paix du Rotary.
En premier, celle des étudiants avec leur cursus et leur projet, puis celle du réseau international de professeurs, celle du staff très riche également, une matière grise incomparable, avec ses variants culturels et celle des associations rotariennes travaillant déjà pour la paix. Une mine d’idées, de réalisations en devenir, de vocations.
En partant de ce savoir énoncé, le Président du Rotary, le Board, le Secrétaire Général et ses services, lanceraient à destination des clubs, des districts, des associations rotariennes et des Institutes, une large consultation / réflexion dans le but de définir aujourd’hui ce que serait « une paix rotarienne« .
En même temps, l’opportunité d’un élan pour notre organisation.

Imaginons les attentes.

Des institutions internationales qui auraient le dernier mot tandis que le réseau des représentants du Rotary y porterait la voix du Rotary au plus haut niveau.

Une société marquée par la culture du Rotary et l’empreinte laissée par des « causes prioritaires » percutantes et localement par l’entregent des clubs.

Des valeurs de leadership et d’éthique reconnues.

Des chaires du Rotary.

Des groupes d’actions rotariens sollicités pour leur expertise dans la résolution des conflits et la médiation. Dans le passé, l’Equateur et le Pérou en conflits de frontières avaient fait appel, avec succès, au Rotary International pour régler leur différend.

L’atout principal du Rotary dans cette recherche, nous le trouvons dans la mise en œuvre, à chaque échelon et pour chacun, du « critère des 4 questions » d’Herbert Taylor.

Une démarche originale qui tient de l’introspection et du dépassement.

Débusquer sa vérité intérieure. Savoir reconnaître et rectifier lorsqu’il y a un défaut de loyauté.

Pousser à bien faire et bonifier les rapports humains. Que chacun y trouve son compte.

L’essence même d’une bonne médiation.

La personnalité rotarienne attachée à la compréhension mutuelle, à l’équité qui sait « se mettre dans la peau des autres » – c’était un programme du Rotary après-guerre – est la personnalité idoine pour promouvoir la paix civile et la cohésion sociale.

Définir collectivement sa conception de la Paix, la faire connaître et la mettre en œuvre serait pour le Rotary une avancée sans précédent vers l‘action publique

Convention du Rotary International à Taipei : le Rotary à l’heure de l’impact durable

Par Cyril Noirtin

Participer à une Convention du Rotary International, c’est toujours mesurer la force d’un réseau mondial.

À Taipei, cette force était particulièrement visible : plus de 38 000 participants venus de 140 pays et régions, réunis autour d’une même conviction — le service peut encore transformer le monde.

Mais au-delà de l’ampleur du rassemblement, je retiens surtout un message : le Rotary entre dans une nouvelle étape. Une étape où l’amitié, l’engagement et l’action doivent se traduire plus clairement en impact durable.

Mais le monde dans lequel nous agissons a changé. Les crises sont plus complexes, les besoins plus imbriqués, les attentes plus fortes. Les enjeux de santé, d’éducation, d’accès à l’eau, de paix, d’environnement ou de développement économique ne peuvent plus être abordés isolément.

C’est pourquoi l’un des messages forts de cette convention a été la nécessité de passer d’une logique d’action à une logique d’impact. Il ne s’agit plus seulement de faire le bien, mais de démontrer ce que nos actions changent réellement, pour qui, comment et dans la durée.

Cette évolution a été particulièrement mise en évidence par Holger Knaack, président de la Fondation Rotary. Il a rappelé que la Fondation permet aux clubs et aux districts d’agir dans les grands domaines de priorité du Rotary, tout en insistant sur l’importance des projets mesurables, durables et conçus avec les communautés concernées.

Le programme de subventions « Programs of Scale » illustre parfaitement cette orientation. Il permet de soutenir à grande échelle des initiatives déjà éprouvées. Le nouveau programme consacré à l’eau et à l’assainissement en Haïti a été présenté comme un exemple fort de cette volonté d’agir dans des contextes difficiles, avec une ambition claire : renforcer les capacités locales et réduire les maladies d’origine hydrique.

La convention a également rappelé que l’éradication de la polio demeure l’un des engagements les plus emblématiques du Rotary et son programme prioritaire.

Depuis 1985, l’action du Rotary et de ses partenaires a permis de vacciner et de protéger près de 3 milliards d’enfants contre la poliomyélite. Holger Knaack a rappelé l’ampleur des moyens humains, financiers et logistiques mobilisés pour poursuivre cet objectif.

L’Afghanistan et le Pakistan demeurent les seuls pays où le poliovirus sauvage circule encore, tandis que des flambées de variants persistent dans certaines régions d’Afrique, notamment au Nigeria. Grâce à un financement annuel de 50 millions de dollars de la Fondation Rotary et de 100 millions de dollars de la Fondation Gates, les campagnes de vaccination contre la polio s’accompagnent désormais d’actions de santé plus larges visant à renforcer les systèmes sanitaires et à améliorer le bien-être des communautés.

Le séminaire des responsables de l’action internationale de district, pour lequel je suis intervenu, a montré combien l’action internationale ne doit plus être considérée comme une dimension périphérique de l’engagement rotarien. Elle est au contraire l’un des leviers les plus stratégiques du Rotary.

Les cinq avenues de service (action intérieure, action professionnelle, action d’intérêt public, action internationale et action jeunesse) ne sont pas des silos. Elles se renforcent mutuellement. Lorsqu’elles sont bien articulées, elles permettent de bâtir des projets plus solides, plus cohérents et plus transformateurs.

Le rôle des responsables de l’action internationale est donc de connecter : connecter les clubs, les districts, les expertises, les partenaires, les groupes d’action, les anciens participants aux programmes du Rotary et les communautés locales.

Mon rôle de Doyen du réseau des représentants du Rotary auprès des Nations Unies me conduit naturellement à regarder ces enjeux dans une perspective plus large.

Le Rotary et les Nations Unies partagent une histoire, mais surtout une ambition commune : promouvoir la paix, encourager la coopération internationale et soutenir le développement humain. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les conflits, les déplacements de population et les inégalités d’accès à l’éducation, à la santé ou à l’eau, cette relation est plus actuelle que jamais.

Le Rotary dispose d’un atout exceptionnel : un réseau mondial de clubs enracinés dans les communautés locales. Les Nations Unies offrent, quant à elles, un cadre global, des objectifs internationaux et une capacité de mobilisation institutionnelle.

L’intervention de Malala Yousafzai, plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix a été l’un des moments les plus forts de la convention. Son engagement au Pakistan dès l’âge de 11 ans, l’attentat dont elle a été victime à 15 ans, sa reconstruction, puis la création du Malala Fund illustrent la continuité de son combat pour la scolarisation des filles.

Son message est allé au-delà du plaidoyer pour l’éducation. Elle a parlé de santé mentale, d’amitié et d’action collective.

Elle a expliqué que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais une forme de courage. Elle a raconté combien la thérapie et le soutien de ses proches l’avaient aidée à se reconstruire après l’attentat de 2012. Elle a également souligné que chaque action compte, mais que l’impact devient beaucoup plus puissant lorsqu’il est porté collectivement.

Enfin, elle rappelé la force des amitiés solides dans les moments de fragilité et de reconstruction.

C’est d’ailleurs sur ce même thème de l’engagement et du lien social que John Hewko, secrétaire général et CEO du Rotary International est intervenu. Il a évoqué la solitude comme un enjeu mondial de santé publique. Il a rappelé que le Rotary offre, depuis plus d’un siècle, une réponse concrète à ce besoin de lien, d’appartenance et de sens. Il est un espace où l’on se sent utile, reconnu, connecté aux autres et engagé dans une cause qui nous dépasse.

Mais le Rotary doit s’adapter. Les attentes évoluent. Les contraintes personnelles et professionnelles changent. Les nouvelles générations ne s’engagent pas toujours de la même manière. Le Rotary doit donc rester fidèle à son esprit, tout en acceptant une plus grande diversité de formes : clubs hybrides, clubs thématiques, réunions centrées sur l’action, modèles plus souples et expériences de service plus immédiates.

L’adaptation n’est pas une menace pour le Rotary. Elle est une condition de sa vitalité.

La paix a également été au cœur de cette convention. Francesco Arezzo a rappelé que la paix ne se construit pas seulement par les symboles ou la diplomatie, mais aussi lorsque les communautés deviennent plus saines, mieux éduquées, plus stables et plus confiantes dans leur avenir.

Olayinka Hakeem Babalola, président élu du Rotary International, a prolongé cette réflexion en invitant les Rotariens à se demander si leurs actions créent réellement les conditions de la paix : confiance, dignité, opportunités, dialogue et réconciliation.

Cette approche est essentielle. Un projet d’accès à l’eau, d’éducation, de santé ou de développement économique n’est pas seulement une réponse à un besoin immédiat. Il peut aussi devenir un outil de stabilité, de cohésion et de paix.

La Convention de Taipei n’a pas seulement mis en lumière ce que le Rotary est aujourd’hui ; elle a aussi révélé ce qu’il peut devenir : un Rotary plus connecté, plus stratégique, plus ouvert, plus influent et plus impactant. Plus que jamais, il y affirme sa promesse fondatrice : servir au-delà de soi-même, aux côtés des autres, pour construire un changement durable.

Préparer la paix avec le Rotary

Par Serge Gouteyron

Le Rotary, de par ses buts, son histoire, sa culture est légitime à faire valoir une conception de la paix qui lui soit propre.

C’est en 1921 à la Convention du Rotary d’Edimbourg que les « relations internationales et l’établissement de la paix » sont devenus le 4ème but du Rotary.
« Faire progresser l’entente entre les peuples, l’altruisme et le respect de la paix par le biais de relations amicales entre les membres des professions unis par l’idéal de servir. » (dernière rédaction)
Également rappelé dans la mission du Rotary :
Servir autrui, promouvoir l’intégrité, favoriser l’entente internationale, la bonne volonté et la paix au travers de son réseau de décideurs locaux civiques et professionnels.

Entre les 2 guerres, le Rotary s’engagera résolument pour le désarmement, les droits de l’homme et la démocratie.
Il sera à l’origine d’une nouvelle institution internationale à Londres à partir de 1942 l’Unesco « élever dans l’esprit des hommes les défenses de la paix » et participera comme invité à la rédaction de la charte des Nations Unies à San Francisco en 1945 pour -« préserver les générations futures du fléau de la guerre ».
Jusqu’à la fin du siècle dernier, prédominent les notions de « culture de la paix » et de « citoyenneté mondiale » auxquelles le Rotary souscrit.
Le réseau des représentants du Rotary au sein des organisations internationales y fait entendre sa voix et ses propositions. : l’entente mondiale par la compréhension mutuelle.

La première traduction dans les faits de cet esprit, nous la retrouverons dans la création du comité interpays France Allemagne à Strasbourg en 1950 lors de la conférence du district 70 par les rotariens des clubs de Lille et Stuttgart.
Renouer des relations mises à mal après 2 guerres et le régime nazi. Faire avancer l’entente entre les 2 pays par la compréhension réciproque prélude à la dynamique de la construction européenne.
Aujourd’hui, le programme des comités interpays répond toujours à une nécessité – ce que démontre leur développement sur tous les continents.
Par ailleurs, après la chute du mur de Berlin en 1989, les comités interpays participeront directement avec le Rotary à sa renaissance en Europe centrale et orientale. Des moments de liberté et d’espoir très forts, aujourd’hui bien lointains.
Dans le même temps, les programmes jeunesse du Rotary International visent aussi à renforcer la connaissance de l’autre et le dialogue culturel : échanges scolaires mais aussi bourses d’études, Interact, Rotaract et Ryla.

Plus concrètement encore, en 2000, le Rotary crée dans 6 universités de renommée mondiale les Centres pour la paix et la résolution des conflits dans le but de former des ambassadeurs pour la paix avant que ceux-ci n’occupent des fonctions dans les organisations internationales, les gouvernements ou les ONG.

Le plan stratégique du Rotary démarre en 2004 et le plan vision de la Fondation sélectionnera 6 causes prioritaires, celles pour lesquelles se concentrent nos ressources.
consolidation de la paix et résolution des conflits – l’éducation et l’alphabétisation – eau, assainissement, hygiène – développement économique – prévention et traitement des maladies – santé maternelle et infantile – auxquels s’ajoutera la protection de l’environnement.
Sans oublier l’éradication de la poliomyélite, notre combat depuis 1985.
Nous retrouvons avec nos causes prioritaires les premiers objectifs du millénaire des Nations Unies. Le lien Rotary Organisation des Nations Unies subsiste.

De son partenariat avec l’Institut de l’Economie et de la Paix, le Rotary retiendra plus particulièrement une formation de ses membres en matière de recherche de la paix mais surtout que la paix se construit sur 7 piliers fondamentaux :
« une gouvernance efficace – un climat sain pour les affaires – une distribution équitable des ressources – la reconnaissance des droits humains – les bonnes relations entre voisins – la libre circulation de l’information – un niveau élevé du capital humain – un faible niveau de corruption. »

Aujourd’hui, après la culture de la paix et la citoyenneté mondiale émerge la notion de paix positive, celle issue de la réduction des inégalités économiques et intellectuelles, de la cohésion sociale et des institutions qui œuvrent à l’avènement de sociétés pacifiques.

Des générations de rotariens ont travaillé à la construction d’une paix faite de liberté, d’humanisme et de service à autrui. En définissant sa propre conception de la paix, le Rotary confirmera son rôle d’acteur public.

Les Institutes de l’Entente Internationale

Par Pierre-Marie Achart,
Rotary Paris Agora

Les Institutes de l’Entente Internationale figurent parmi les initiatives les plus ambitieuses — et aujourd’hui largement oubliées — de l’histoire du Rotary.

Nés d’une idée locale au Tennessee, ils se sont développés en un vaste programme éducatif global touchant près de cinq millions de personnes, avant d’évoluer en un dispositif de portée internationale répondant aux enjeux de l’après guerre, tout en restant aligné avec le « Quatrième But du Rotary » : Faire progresser l’entente entre les peuples, l’altruisme et le respect de la paix par le biais de relations amicales entre les membres des professions, unis par l’idéal de servir.

1934 : L’expérience de Nashville

Tout commence en 1934, dans un contexte mondial qui s’assombrit. À Nashville, dans le Tennessee, un visionnaire nommé Will R. Manier Jr. (futur président du Rotary International) fait un constat lucide : l’isolationnisme ambiant est dangereux. Il est convaincu que pour maintenir la paix, le citoyen ordinaire doit comprendre ce qui se passe au-delà de ses frontières. Son club lance alors un concept inédit : transformer le Rotary local en une université temporaire ouverte à toute la ville, et non plus réservée à ses seuls membres. Ce qui a commencé sous le nom de Institute of International Relations se distingue alors fondamentalement des conférences académiques classiques par son ancrage populaire.

1936 : vers une adoption officielle

Le succès de Nashville ne passe pas inaperçu. En 1936, treize clubs américains testent ce format à plus grande échelle. Chaque club participant s’engage à inviter quatre experts pour quatre semaines consécutives. Ces orateurs ont une double mission quotidienne : s’adresser aux lycéens et étudiants durant la journée, puis tenir une grande conférence publique en soirée, suivie de débats ouverts. Cette organisation permettra de toucher toutes les générations d’une même communauté.

L’expérience s’avère si concluante que le Rotary International adopte officiellement le programme cette même année. Une mécanique rigoureuse se met en place, développée par le Secrétariat du Rotary.

1937 : La consécration à Nice

L’initiative prend sa dimension historique l’année suivante lors de la Convention internationale de Nice, en France. C’est là que Will R. Manier Jr., désormais président international, présente officiellement les Institutes comme un moyen pratique pour les Rotariens de contribuer à l’entente mondiale. Il théorise alors l’objectif du programme : forger une « opinion publique éclairée » au sein de chaque foyer, indispensable pour soutenir l’action diplomatique des démocraties.

Cette Convention verra également l’élection du français Maurice Duperrey à la présidence internationale.

1937-1944 : L’âge d’or en temps de guerre

Malgré le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le programme connaît une croissance exponentielle et les Instituts se comptent désormais par centaines. La Fondation Rotary accorde des subventions pour aider les clubs à engager des « auteurs éminents, économistes, scientifiques, politiciens et commentateurs ». Les thèmes abordés sont loin d’être abstraits : ils collent à l’actualité brûlante de la guerre et de l’après-guerre pour aider le public à décrypter le conflit et envisager l’avenir ensemble. Une démarche qui n’est pas sans rappeler le préambule de la charte de l’UNESCO : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »

L’année 1944 marque l’apogée des Institutes. Herbert W. Hines, le directeur du programme, rapporte des chiffres impressionnants dans le magazine The Rotarian d’octobre : plus de 400 Institutes sont programmés cette année-là, totalisant 3.200 réunions publiques. L’audience cumulée dépasse alors le million de personnes à travers les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Des juristes éminents et des intellectuels parcourent de nombreux pays. Interrogés, ils comparent ces assemblées à de véritables exercices de démocratie directe. Hines souligne que le génie du Rotary réside dans sa capacité à mobiliser des « hommes d’affaires pratiques » pour attirer un public varié, bien au-delà des cercles intellectuels habituels qui n’avaient guère besoin d’être convaincus.

1944-1945 : De Dumbarton Oaks à San Francisco

Fortement remarqués par les gouvernements des pays alliés, les Institutes font partie des raisons pour lesquelles le Rotary International et ses membres furent sollicités pour la conception de la charte de l’Organisation des Nations Unies.

En 1944, les Alliés se réunissent à Dumbarton Oaks pour ébaucher ce qui deviendra l’ONU. Mais les participants craignent l’échec, bien conscients que la Société des Nations avait sombré faute de soutien populaire après 1918.
Lorsque le président américain Franklin Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill ont eu l’idée d’organiser ces réunions pour établir l’ONU, ils souhaitaient impliquer le Rotary : reconnaissant qu’à travers la réussite que présentent les Institutes et d’autres événements du Rotary, celui-ci accomplit déjà une grande partie de ce que devait être la mission de l’ONU, et qu’il possède déjà le réseau parfait pour « créer une opinion publique éclairée».

Le Rotary publie alors des brochures comme «Timely Questions on Dumbarton Oaks» et «What Can Rotarians Do Following Dumbarton Oaks?». Ces documents, décortiquant les propositions complexes de la future charte (Conseil de sécurité, rôle des ONG, droits humains), sont diffusés en grand nombre, et débattus massivement au sein des Institutes – et des clubs du monde entier.

En avril 1945, à l’ouverture de la conférence de San Francisco destinée à finaliser la Charte des Nations Unies, le terrain est déjà préparé : des rotariens ont sensibilisé des diplomates et des hommes d’État du monde entier à l’enjeu majeur de l’initiative. Le Rotary est invité comme consultant officiel par le Département d’État des USA, envoyant 11 délégués officiels. Au total, 49 Rotariens participeront : nombreux sont des représentants de leurs propres pays. Ils aideront à concevoir des sections clés de la charte.

Juste avant le début des réunions, le Rotary International a publié et distribué la brochure intitulée « Pattern for the San Francisco Conference ». Le document déclarait : « C’est une occasion exceptionnelle pour chaque Rotarien de réaliser l’objectif de service international en prenant part au débat sur ce projet de gouvernance mondiale ». Dès la finalisation de la charte des Nations Unies, le Rotary publie une autre brochure : « From Here On! » qui présentait en détail tous les articles de la charte, servant de support pour en diffuser rapidement le contenu partout dans le monde.

« L’invitation faite au Rotary International de participer à la Conférence des Nations Unies en tant que consultant de la délégation des États-Unis n’était pas simplement un geste de bonne volonté et de respect envers une grande organisation. C’était une simple reconnaissance du rôle pratique que les membres du Rotary ont joué et continueront de jouer dans le développement de la compréhension entre les nations. Les représentants du Rotary étaient nécessaires à San Francisco et, comme vous le savez bien, ils ont apporté une contribution considérable à la Charte elle-même, et en particulier à l’élaboration des dispositions relatives au Conseil économique et social.»
Edward R. Stettinius Jr. – Secrétaire d’État des USA, The Rotarian, août 1945.

1947 : La transition vers les bourses d’études

Les Institutes continuent après-guerre, mais la fin de celle-ci et le décès du fondateur Paul Harris en 1947 marquent un tournant stratégique. Alors que le monde entre dans une phase de reconstruction, le Rotary International estime que le temps des conférences est révolu : pour construire une paix durable, il faut désormais privilégier l’immersion plutôt que la théorie.

Les fonds et l’énergie consacrés aux Institutes sont alors progressivement redirigés vers un nouveau programme visionnaire : les Bourses des Ambassadeurs, ancêtres des bourses mondiales actuelles. Le Rotary décide d’envoyer la jeunesse étudier à l’étranger pour vivre la compréhension internationale par l’expérience directe, clôturant ainsi le chapitre des Institutes pour ouvrir celui des échanges culturels – qui perdure encore aujourd’hui, avec plusieurs centaines de bourses attribuées chaque année. On peut aussi dire que les Institutes sont les précurseurs des Bourses du Rotary pour la Paix.

1950 : Les Comités Inter-Pays, une suite logique

Alors que les Institutes cessent d’exister sous leur forme originelle, des Rotariens de nombreux pays concrétisent alors un autre projet, également initié dans les années 30 : les Comités Inter-pays. Ils ont pour but de faciliter le rapprochement entre pays et cultures grâce à une approche très opérationnelle. Aujourd’hui, ils constituent un réseau de rotariens engagés dans le monde entier.

Épilogue

Entre 1936 et 1947, près de 1000 clubs dans le monde auront organisé ces institutes qui ont cumulé 5 millions de participants. Les Institutes et leur esprit d’éducation à la paix demeurent l’un des plus beaux chapitres de l’héritage rotarien, notamment mentionnés par Paul Harris dans son autobiographie.

Bien que le Rotary International n’ait pas maintenu ce programme, de nombreux clubs et districts organisent encore des rencontres dans le but de promouvoir le dialogue et l’entente entre les peuples et les cultures.

Ainsi à Nice en septembre 1988 «le forum pour la paix « « paix en Méditerranée » rassembla 2 200 participants et à Lille en octobre 2022 la conférence « le long chemin de la paix » 1 200 participants.

Le 14 mars prochain à Paris le forum sur l’avenir des organisations internationales organisé par le district 1660 et son Gouverneur Mamadou Camara, à l a Maison de l’Unesco s’inscrit dans cette grande lignée.

Comment réinventer le multilatéralisme au service de la paix, de la santé et de l’éducation

FORUM SUR L’AVENIR DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES

Par Mamadou Camara
Gouverneur du district 1660

Le choix de Paris pour ce forum est à la fois symbolique et stratégique.

Paris est une capitale historique du multilatéralisme, siège de l’UNESCO, et un lieu naturel de dialogue entre États, organisations internationales, société civile et monde académique.

Le Rotary, par son histoire et par l’engagement de ses membres présents sur tous les continents, y trouve un cadre légitime pour porter une réflexion internationale exigeante, ouverte et constructive.

Ce Forum s’inscrit dans un contexte mondial marqué par :

  • une fragmentation croissante des relations internationales,
  • des tensions géopolitiques durables,
  • des interrogations profondes sur la légitimité, l’efficacité et le financement des organisations internationales.

L’ambition n’est pas de se substituer à ces institutions ni de les « réinventer », mais de provoquer une réflexion collective, nourrie par des regards pluriels, afin d’éclairer leur évolution future.

Le Forum ne se limite pas à une seule journée : il s’inscrit dans une semaine entière d’échanges à Paris, du lundi 9 au samedi 14 mars 2026.

Toute la semaine (9–14 mars)

Des temps d’échanges formels et informels seront proposés aux délégations internationales et aux Rotariens présents :

  • rencontres thématiques,
  • discussions entre responsables rotariens, experts et acteurs institutionnels,
  • échanges culturels et moments de convivialité,
  • temps de travail préparatoires aux tables rondes.

Ces moments visent à créer un climat de confiance, à favoriser la circulation des idées et à nourrir le contenu intellectuel du Forum.

Vendredi 13 mars 2026

Gala du Président du Rotary International, dîner inaugural réunissant le Président du Rotary International, des membres du Board, des responsables institutionnels, diplomatiques et des personnalités internationales.

Samedi 14 mars 2026 – Maison de l’UNESCO
Journée centrale du Forum, structurée autour de quatre tables rondes thématiques, chacune d’une durée de 60 minutes, suivies d’une restitution collective.

Les modérateurs des tables rondes

À ce stade, les modérateurs confirmés sont :

Table ronde Santé mondiale
Renforcer les systèmes de santé et la coopération internationale face aux futures pandémies
Modérateur : Dr François Sarkozy, médecin et expert en politiques de santé.

Table ronde Éducation & jeunesse
Repenser l’éducation à l’ère du numérique et des inégalités croissantes
Modérateur : Me Laurent Martinet, avocat, ancien vice-bâtonnier de Paris.

Table ronde Paix & sécurité
Quel rôle pour les organisations internationales dans la prévention et la résolution des conflits modernes ?
Modérateur : Me Ardavan Amir-Aslani, avocat international, docteur en droit.

Table ronde Avenir des organisations internationales
Défis de légitimité, d’efficacité et de financement
Modérateur : à venir

Table ronde Santé mondiale – panel déjà constitué

La table ronde Santé mondiale est à ce jour la plus avancée et réunit des personnalités internationales de tout premier plan :

Michel Sidibé
Ancien Directeur exécutif d’ONUSIDA, figure majeure de la gouvernance mondiale de la santé.

Delos Marshall “Toby” Cosgrove, M.D.
Ancien CEO de la Cleveland Clinic, ancien conseiller santé de la Maison-Blanche.

Professeur Lionel Collet
Professeur des universités – praticien hospitalier, ancien Président de l’Université de Lyon, ancien Président de la Conférence des présidents d’université.

Professeur Antoine Flahault
Épidémiologiste de renommée internationale, spécialiste de la santé publique globale et de la prévention des pandémies.

Cette table ronde sera modérée par le Dr François Sarkozy.

Nous attendons par ailleurs la réponse du Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, officiellement invité, afin de compléter ce panel par une voix institutionnelle majeure.

Autres tables rondes (en constitution)

Les panélistes des autres tables rondes sont en cours de constitution par leurs modérateurs respectifs.

Le cadre fixé est clair :

  • personnalités reconnues et de stature internationale,
  • diversité géographique,
  • parité femmes–hommes,
  • croisement des regards institutionnels, académiques, diplomatiques et de la société civile.

Les annonces se feront progressivement et seront mises à jour régulièrement.

e Forum a pour objectif central la production d’un Livre blanc international.

Ce Livre blanc sera :

  • remis aux organisations concernées (UNESCO, OMS, UNICEF),
  • transmis aux ambassades, gouvernements, institutions et grands acteurs internationaux,
  • mis à disposition de l’ensemble des Rotariens.

L’ambition est double :

  • Institutionnelle : contribuer à un multilatéralisme plus équilibré, plus légitime et plus efficace, en remettant l’idéal de paix et de coopération au cœur du système international.
  • Rotarienne : inspirer les membres du Rotary partout dans le monde afin qu’ils puissent contribuer à la mise en pratique des recommandations, et permettre à chaque club de s’en saisir pour développer des actions concrètes rapprochant les peuples.

Je me ferai personnellement porte-parole de la diffusion et de la promotion de ce Livre blanc, afin qu’il vive au-delà du Forum et qu’il devienne un outil utile pour les institutions comme pour les clubs.

Notre force collective réside dans le fait que nous avons des membres engagés sur toute la planète.

Information et Inscription sur : https://leforumdurotary.org/

 

De La Havane au Palais de Chaillot : aux origines de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Par Pierre Marie Achart
Rotary Club de Paris Agora

L’année 1940 est une année sombre pour l’Europe. La Seconde Guerre mondiale bat son plein : nombre de pays sont plongés dans l’incertitude, occupés ou menacés, et les communications internationales sont difficiles. C’est dans ce contexte tendu que la 31ème convention annuelle du Rotary International se tient, du 6 au 10 juin à La Havane. De nombreux Rotariens européens, empêchés par les hostilités et les fermetures de frontières, ne peuvent y assister.

Au cœur de cette convention hors du commun naît la célèbre Résolution 40-15, « Rotary amid world conflict ». Évoquant la guerre qui sévit déjà dans un tiers des pays où le Rotary International est implanté, le Conseil d’Administration y rappelle que l’organisation, fondée sur l’idéal de service, “ne peut survivre là où la liberté, la justice, la vérité, la valeur de la parole donnée et le respect des droits de l’homme n’existent pas“. C’est cet extrait que l’on trouve le plus souvent mentionné quand on se documente sur l’origine de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Le texte entier de cette résolution est publié dans l’ouvrage “Proceedings of the Thirty-First Annual Rotary Convention“.

Ces livres d’environ 400 pages proposaient chaque année depuis 1910 un compte-rendu complet des prises de parole majeures, des discours divers, mais aussi des délibérations du Conseil de Législation. Le dernier de ces ouvrages fut publié à l’occasion de la Convention de 2010.

C’est dans cet ouvrage, issu de ma collection personnelle, que j’ai pu trouver le texte complet. Je l’ai transcrit ci-dessous dans son entièreté, et vous propose également une traduction en français.

Aujourd’hui, les comptes-rendus de conventions internationales sont consignés dans les archives du Rotary, mis en ligne sur son site web (ici) et des vidéos sont publiées sur les réseaux sociaux.

Résolution 40-15 – traduite en français :
Depuis plus de vingt ans, le Rotary encourage et favorise le développement de la compréhension internationale et de la bonne volonté entre les hommes comme base pour la paix entre les nations. Pourtant, durant cette période, rares sont les années qui se sont écoulées sans un conflit armé quelque part dans le monde. Aujourd’hui, des affrontements ont lieu dans de nombreuses régions du monde, et, parmi le grand nombre de pays et de zones géographiques dans lesquels sont des clubs Rotary, plus d’un tiers sont engagés dans des hostilités armées. De ce fait, le conseil d’administration du Rotary International se trouve dans la situation d’administrer une organisation comprenant des clubs situés dans des pays en guerre concernant certains conflits mais neutres vis-à-vis d’autres, et comprenant des clubs dans des pays qui maintiennent divers degrés de neutralité concernant l’ensemble de ces conflits.

Il ne relève pas de la compétence du conseil d’administration du Rotary International d’indiquer aux Rotariens leurs devoirs en tant que citoyens de leurs pays respectifs. Le conseil rappelle toutefois que le Rotary International, par une action entreprise en Convention, a déclaré qu’il attend des Rotariens qu’ils œuvrent à instaurer une entente internationale cordiale, tout en restant pleinement loyaux à leurs idéaux religieux et moraux, ainsi qu’aux intérêts supérieurs de leur propre pays.

En ces temps de catastrophe, le conseil considère qu’il doit rappeler aux Rotariens du monde entier que le Rotary repose sur l’idéal de service et que là où la liberté, la justice, la vérité, la valeur de la parole donnée et le respect des droits de l’homme n’existent pas, le Rotary ne peut vivre ni ses idéaux prévaloir. Ces principes, qui sont indispensables au Rotary, sont vitaux pour le maintien de la paix et de l’ordre dans le monde et pour le progrès de l’humanité.

Le conseil condamne donc toute atteinte à ces principes et en appelle à chaque Rotarien pour qu’il exerce son influence et emploie toute sa force pour les protéger, et pour qu’il contribue à faire venir le jour où on aura plus besoin de recourir à la guerre comme instrument de résolution des différends internationaux.

Aux Rotariens et à leurs familles, ainsi qu’à tous ceux qui sont confrontés aux périls de la guerre ou qui ont subi des pertes ou des deuils, le conseil adresse sa plus profonde sympathie et exprime son espoir sincère que cette période d’épreuves et de souffrances puisse s’achever rapidement.

Ce texte engagé condamne toute atteinte aux principes universels et appelle chaque Rotarien à les défendre sans relâche, dans l’espoir d’un monde où la guerre cesserait d’être un instrument de règlement des différends. La Résolution 40-15 va marquer l’histoire et deviendra un socle éthique précurseur de la future Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) adoptée en 1948.

C’est précisément dans ce contexte que s’illustre René Cassin, juriste et Rotarien français, professeur de droit et militant pacifiste, il est membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Né en 1887 à Bayonne, c’est un vétéran de la Première Guerre Mondiale.

Il est membre fondateur du Rotary Club de Lille en 1927, puis membre du club de Paris à partir de 1931. René Cassin incarne l’esprit rotarien. Démontrant une grande ouverture internationale, il milite dès les années 20 pour le rapprochement entre la France et l’Allemagne. Il est aussi très engagé pour la cause des anciens combattants.

Après la Seconde Guerre Mondiale, il rejoint la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, et devient l’un des principaux rédacteurs de la DUDH, donnant à ce texte fondateur sa structure, sa cohérence philosophique et sa portée universelle.

Il sera lauréat en 1968 du Prix Nobel de la Paix ainsi que du Prix des Droits de l’Homme des Nations Unies. Son engagement continuera au sein d’autres institutions telles que le Conseil Constitutionnel ou le Conseil de l’Europe, et il sera Président de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Le 10 décembre 1948, les 48 États membres des Nations Unies présents à l’Assemblée générale signent le texte au Palais de Chaillot, à Paris, dans une atmosphère solennelle.

C’est a René Cassin qu’est confiée la responsabilité de présenter le document à l’Assemblée.

Le lien entre la résolution 40-15 de La Havane et la Déclaration universelle des droits de l’homme est aujourd’hui bien établi. La formulation et l’esprit du texte du Rotary ont directement inspiré les rédacteurs de la DUDH.

La notion de « droits de l’homme », encore rare à l’époque, se diffuse parmi les juristes et décideurs internationaux grâce à l’engagement de personnalités comme René Cassin. Ainsi, tandis que les Rotariens regrettaient les absents de la Convention Internationale de 1940, ils initiaient, dans l’adversité, les textes qui façonneraient le monde d’après-guerre. La Résolution 40-15 demeure un jalon essentiel : une déclaration de principe, un cri contre la guerre, et un modèle dont la portée se prolonge jusqu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et bien au-delà.

Construire la paix dans les esprits des hommes et des femmes : célébrons les 80 ans de l’UNESCO

Par Cyril NOIRTIN
Représentant du Rotary auprès de l’UNESCO

Aujourd’hui marque le 80ème anniversaire de l’adoption de la Constitution de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Le 16 novembre 1945, au lendemain de la guerre mondiale, une nouvelle idée a vu le jour : les accords politiques et économiques ne pouvaient à eux seuls garantir une paix durable. Celle-ci devait être fondée sur la coopération internationale dans les domaines de l’éducation, de la science et de la culture.

En tant que représentant du Rotary International auprès de l’UNESCO, cet anniversaire n’est pas seulement, pour moi, l’occasion de revenir sur l’histoire d’une institution, mais aussi d’honorer le partenariat qui est au cœur de notre action et de défendre l’avenir que nous construisons ensemble.

La mission de l’UNESCO, qui consiste à construire la paix « dans l’esprit des hommes et des femmes », fait écho à l’essence même du Rotary. Nous croyons tous deux que la paix véritable est un processus dynamique et vivant. C’est la jeune fille d’un pays sous-développé qui reste à l’école, l’enseignant qui encourage la tolérance et la communauté qui protège l’écosystème local. C’est la préservation de notre patrimoine culturel, des pyramides aux traditions immatérielles, et la garantie que chaque enfant ait accès à un enseignement de qualité, même dans les zones de crise.

Nos philosophies ne sont pas seulement alignées, elles sont intimement liées :

  • L’éducation pour tous : sans exception de sexe, d’origine ou de croyance.
  • Le pouvoir du dialogue : source de tolérance et de respect mutuel authentiques.
  • Développement durable : utiliser la science et la collaboration pour protéger notre planète pour les générations futures.

Le lien entre le Rotary et l’UNESCO n’est pas récent, il fait partie de notre histoire.

Les graines de l’UNESCO ont été semées en 1942 par des Rotariens à Londres, qui ont organisé la Conférence des ministres alliés de l’Éducation. Cet événement a été une étape décisive qui a finalement conduit à la création de l’UNESCO en 1945.

Depuis ces débuts, un partenariat s’est développé, fondé sur une vision commune d’un monde plus pacifique.

C’est pourquoi le Rotary International bénéficie du statut d’« association » auprès de l’UNESCO, le plus haut niveau d’accréditation officielle.

Dans le cadre de mes fonctions, je vois ce partenariat à l’œuvre chaque jour. Il s’agit d’une relation fondée sur la confiance et un engagement commun à obtenir des résultats tangibles.

L’adhésion du Rotary dans les initiatives de l’UNESCO telles que la Coalition mondiale pour l’éducation et le Partenariat pour l’éducation verte, témoignent d’un engagement fort en faveur du progrès mondial. Ce ne sont pas que des titres ; ce sont des pistes concrètes pour les prochains projets internationaux transformateurs de nos clubs. Ces plateformes offrent aux Rotary clubs du monde entier des moyens concrets d’intégrer l’expertise de l’UNESCO dans leurs projets locaux, afin d’avoir un impact collectif plus important.

Alors que nous célébrons ce 80ème anniversaire important, le lien entre le Rotary et l’UNESCO peut être un exemple de coopération mondiale. L’alignement de nos valeurs et la clarté de nos objectifs communs en matière d’éducation, de paix et de durabilité créent un cadre solide pour l’action future. Nous avons la représentation officielle, les valeurs communes et le réseau mondial. En travaillant ensemble, nous pouvons transformer notre vision commune en progrès tangibles et durables, afin de construire un monde plus éduqué, plus pacifique et plus prospère pour tous.

FUSION 2025 : Quand le Rotary s’ouvre au monde et construit l’avenir

Par Alain Van de Poel,
Vice-président 2025/2026 du Rotary International

En 2025, Bruxelles a accueilli un événement inédit pour le Rotary International : le sommet Europe, Moyen-Orient et Afrique, baptisé FUSION. Le nom incarne à lui seul la promesse d’unir des forces, des cultures et des générations pour construire ensemble un futur porteur de sens.

 

Avec plus de 1.500 participants venus des quatre coins du monde, ce sommet a marqué un tournant historique. L’enthousiasme, l’énergie et la réaction unanime des participants en ont fait un succès sans pareil, confirmant que FUSION n’était pas seulement une rencontre, mais une véritable expérience collective.

Une union de continents, une richesse partagée

L’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique : trois régions au patrimoine culturel et historique d’une diversité exceptionnelle. FUSION a représenté leur rapprochement dans un esprit de dialogue et de coopération. Ces échanges ont permis de transformer les différences en atouts, pour mieux affronter des défis communs tels que la durabilité, la paix ou encore la prospérité économique.

Le Rotary en ouverture vers la société civile

FUSION a marqué une étape révolutionnaire pour le Rotary. L’organisation, forte de son expérience et de son réseau mondial, a choisi d’ouvrir grand ses portes à la société civile. Innovateurs, entrepreneurs, associations et acteurs citoyens se sont associés aux Rotariens pour conjuguer expertise et énergie collective. Ensemble, ils ont jeté les bases de solutions concrètes et efficaces.

Des valeurs comme fil conducteur

Le sommet s’est construit sur les valeurs intemporelles du Rotary : service, intégrité, diversité, leadership et camaraderie. Ce socle a garanti que chaque initiative et chaque échange soient guidés par l’éthique, l’inclusion et la responsabilité, donnant au sommet une profondeur et une authenticité unanimement saluées par les participants.

Une invitation aux jeunes générations

FUSION a été aussi un puissant appel lancé aux jeunes. Par l’échange intergénérationnel, l’expérience des membres chevronnés a rencontré la créativité et l’énergie de la jeunesse. Ce dialogue a permis de faire émerger des solutions innovantes, adaptées aux enjeux du XXIe siècle, et a incité la nouvelle génération à contribuer activement à la mission du Rotary.

Vers un avenir commun : des lignes directrices pour l’action

FUSION 2025 ne s’arrête pas à l’événement de Bruxelles. Il trace une voie, un cap à suivre pour prolonger la dynamique collective. Cinq lignes directrices se dégagent :

  1. Encourager la coopération intercontinentale
    Mettre en place des plateformes d’échanges durables entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique pour unir les savoirs et partager les réussites.
  2. Renforcer l’implication de la société civile
    Développer des synergies entre Rotary et acteurs extérieurs (ONG, entreprises, associations, citoyens) afin d’amplifier l’impact des projets.
  3. Donner une voix active à la jeunesse
    Offrir de vrais espaces de leadership aux jeunes générations, pour qu’elles deviennent co-créatrices des initiatives mondiales du Rotary.
  4. Transformer les idées en actions mesurables
    Passer du dialogue à la réalisation, avec des projets concrets dotés d’objectifs clairs, de résultats visibles et d’un suivi continu.
  5. Promouvoir les valeurs universelles du Rotary
    S’assurer que chaque projet s’appuie sur l’intégrité, la diversité, le service et la camaraderie comme boussole commune.

Ces lignes directrices constituent autant d’opportunités pour transformer l’élan de FUSION en un héritage durable.

Conclusion : FUSION, un point de départ vers l’avenir

FUSION 2025 restera gravé comme un moment fondateur dans l’histoire du Rotary International. En réunissant plus de 1.500 participants venus d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique, ce sommet a démontré la puissance de l’unité et la richesse du dialogue interculturel. Plus qu’une rencontre, ce fut une expérience collective, portée par un souffle nouveau d’ouverture, de coopération et d’action concrète.

Ce succès exceptionnel confirme que le Rotary a su franchir une étape décisive : s’ouvrir davantage à la société civile, accueillir de nouvelles voix et tendre la main à la jeune génération. L’organisation s’affirme ainsi comme un catalyseur d’idées, mais surtout comme un acteur déterminé à transformer ces idées en projets mesurables et durables.

FUSION a montré qu’en associant les valeurs intemporelles du Rotary – leadership, intégrité, diversité, camaraderie et service – à l’énergie citoyenne et à la créativité de la jeunesse, il est possible de créer une dynamique véritablement transformatrice. Bruxelles n’a pas seulement célébré une union entre continents ; elle a lancé une vision commune, un appel à bâtir ensemble un avenir plus inclusif, solidaire et responsable.

Pour poursuivre cette dynamique, les lignes directrices évoquées constituent une feuille de route claire. Elles tracent la voie d’un Rotary qui n’est plus seulement une organisation historique, mais une force vivante, résolument tournée vers l’avenir.

FUSION 2025 n’est donc pas une fin, mais un point de départ. Ce sommet a fait émerger la conviction que l’impossible devient possible lorsque les talents, les cultures et les générations s’unissent autour d’une cause commune. L’avenir appartient désormais à celles et ceux qui choisiront d’entretenir cet élan collectif, de le nourrir et de le faire rayonner.

Ensemble, nous avons prouvé que le changement est à notre portée. Ensemble, nous pouvons bâtir un monde meilleur.

Une démarche à destination des clubs pour s’ouvrir aux réseaux

Par Jean Michel Lobry
PDG du pôle audiovisuel de Rossel France (Voix du Nord et Wéo Hauts de France)
Ancien journaliste à Radio France et TF1 et ancien Directeur de Télé Monte-Carlo
Rotarien dans le club de Roubaix Est district 1670

Restaurer l’influence du Rotary dans le domaine professionnel
Une méthode à destination des clubs pour s’ouvrir aux réseaux pro

Les clubs Rotary doivent mieux s’ouvrir à la cité et au monde économique.

Leurs effectifs comptent de nombreux décideurs. Voici une méthode simplifiée pour développer l’influence du mouvement auprès des leaders d’opinion d’un territoire.

L’action est locale et doit se développer sur le terrain. Elle peut se dérouler à 5 temps.

1. Repérer 3-5 personnalités économiques du territoire.

a. Faire une fiche détaillée sur chaque personnalité : missions, cercles d’influence, contacts et réseaux, connexions avec des membres du clubs

b. Aller vers eux par un rendez-vous pour leur parler des actions du Rotary autour de l’éthique professionnelle, qui est une bonne accroche (préparer des fiches argus)

c. Ensuite, les inviter à une réunion du club et débriefer en one to one

d. Enfin, leur proposer une intégration au club avec un objectif d’action précis.

2. Organiser une manifestation économique locale

Nous n’avons pas la représentativité suffisante pour porter le lead sur l’organisation d’une manifestation locale. Pour être efficace, il s’agit plutôt de co-produire avec un acteur déjà implanté sur le terrain.

Retour d’expérience avec le club Flandres-Cassel : ils ont contacté Réseau alliances pour organiser une soirée sur la transition écologique du territoire. 140 présents, dont les élus du territoire. Cette manifestation a fait date dans la mise en œuvre du plan climat de ce secteur. Et le rotary a été repéré comme acteur de la transition.

En résumé :

  • Repérer les acteurs : le sujet de la transition écologique est un bon terrain. Il peut y en avoir d’autres : formation, B to B, …
  • Proposer une co-production d’un événement
  • Le mettre en œuvre

3. Réinvestir les réseaux et entendre la parole rotarienne

Les réseaux professionnels sont nombreux. Exemple : les business club, APM, E6 …

Il s’agit donc de faire un repérage de ces entités, d’en choisir une et d’y envoyer un membre pour adhérer. Dans ces clubs, le membre aura pour mission d’intervenir et de partager les valeurs du rotary, dont le critère des 4 questions.

C’est une bonne méthode managériale à diffuser.

4. Programmer un temps professionnel dans le club

Une fois par mois, programmer un acteur économique du territoire pour l’entendre sur ces actions.

Prendre bien soin de programmer 5 minutes pour lui présenter la contribution du rotary au monde économique, notamment sur le critère des 4 questions, et donner des exemples d’utilisation de cette méthode.

5. Les relations presse

Repérer les journalistes du territoire qui traitent les sujets économiques. Les alimenter en infos sur les 4 points ci-dessous. C’est la répétition qui créera l’image « économique » du rotary et son engagement dans la cité.

Reconvoquer l’éthique professionnelle

Par Serge Gouteyron

Comme j’ai pu le rappeler lors du World Forum de Lille du 27 novembre dernier, dans la session « Reconvoquer l’éthique professionnelle » animée par Jean Michel Lobry, ce sont 3 entrepreneurs – un négociant en charbon – un ingénieur des mines – un tailleur – emmenés par un avocat Paul Harris – qui ont créé le 1er club Rotary en 1905.
Leur idée :  » Réunir le monde des affaires dans un club amical pour « changer » leur ville Chicago en y apportant philanthropie et droiture« .
La profession est centrale au Rotary d’abord parce qu’elle conditionne l’adhésion et parce qu’elle est inscrite comme telle dans ses buts.
« Considérer sa profession comme un vecteur d’action au sein de la société » et « Observer des règles de haute probité dans l’exercice de sa profession« .
D’ailleurs les 2 devises du Rotary illustrent bien ce double engagement « Servir d’abord » – « Service above self » pour les activités éducatives et humanitaires et « Qui sert le mieux profite le plus » – « He Profits Most Who Serves Best » – en référence à un autre rotarien du début Arthur Sheldon qui professait que le succès d’une vente dépend du service que l’on rend.

Autre année déterminante dans l’histoire du Rotary – 1932 :
Herbert Taylor rotarien cadre de banque est appelé pour redresser une entreprise d’ustensiles de ménage : l’aluminium company.
Il expérimentera pour cela le critère des 4 questions –  » The Four Way Test » .
Un mode de réflexion et d’action basé sur une démarche d’introspection de dépassement et d‘équité :
Pour toutes choses que nous pensons, disons, faisons, posons-nous 4 questions :
• « Est-ce vrai ? » – est-ce conforme à la vérité
• « Est-ce juste ? » – est-ce loyal de part et d’autre
• « Est-ce source de bonne volonté réciproque et d’amitié ? »
• « Est-ce équitable et bénéfique pour chacun ? »

Une responsabilité personnelle, une éthique hors de tout dogme, axées sur l’intérêt collectif.
Le Rotary adoptera le critère des 4 questions en 1943 et en 1954 Herbert Taylor sera Président.

120 années après la création du premier club, le Rotary International est devenu une organisation puissante, apolitique et non confessionnelle présente dans tous les pays libres ; lequel a ajouté dans sa mission, dès 1921 : « l’aide à l’avancement de la paix »
Fort de ses 46 000 clubs lesquels distribuent chaque année la contrepartie de 1 milliard de dollars en actions d’intérêt public et fort de ses 1 million 400 000 membres lesquels chaque année consacrent au moins une semaine de leur temps en bénévolat.
Restée fidèle à ses principes d’origine, à ses valeurs de service, d’intégrité, de leadership, de camaraderie et de diversité.
Les fondateurs du Rotary déjà partisans résolus de l’économie responsable, plébisciteraient aujourd’hui la nouvelle responsabilité sociale et environnementale comme les nouveaux modèles entrepreneuriaux et l’entreprise à mission.

Pour autant, si l’impact du Rotary est impressionnant sur le plan des actions humanitaires, son empreinte dans la société diminue et en France, ces dernières années, les effectifs et la fidélisation reculent et ce malgré d’intenses efforts.

Je pense que restaurer notre influence dans ce domaine passe probablement par rééquilibrer dans la pratique du Rotary les 2 fonctions « Service et Professionnel » et en priorité « reconvoquer l’éthique professionnelle » et le critère des 4 questions.
Faire vivre un réseau amical et engagé, actif dans les instances, innovant porté par les valeurs d’équité, de loyauté et de philanthropie.
Utopique ?