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Serge
GOUTEYRON, Directeur
2004-06 du Rotary International
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Qu’est-ce que l’éthique ? Chaque civilisation, chaque peuple ont leurs règles morales, religieuses, familiales, civiques. L’éthique, elle, se situe au dessus de tout cela dans la recherche du Bien. En allant un peu au-delà, l’éthique est une réflexion relative à la condition humaine et aux valeurs qui la fondent, c'est-à-dire au-delà des philosophies et des religions, une attitude par rapport à soi et par rapport aux autres. De Platon à Spinoza et à Kant, l’éthique participe à la sagesse induit la connaissance et les libertés individuelles. Tandis que dans l’approche des philosophies asiatiques, l’éthique se situe dans la plénitude de l’âme sans y être nommée. Il me semble que pour nous rotariens, la définition de Nietzsche est la bonne : « le discernement de ce que la collectivité perçoit comme juste ». Notre réflexion portera sur l’éthique professionnelle car toutes les autres éthiques - médicale - économique - politique - nous conduiraient vers l’ éthique de vie, qui n’est pas ici notre propos direct même si celles-ci influencent naturellement la première. Déjà la réalité économique et sociale dans laquelle nous évoluons n’est pas facile.
D’autres indicateurs nous font penser que le système économique mondial produit des effets que nous ne maîtrisons plus comme le nombre croissant de fortunes individuelles plus faciles et anormales les unes que les autres ou comme la présence de groupes à caractère mafieux dans de nombreux domaines et dont la part ne fait que s’accroître dans le PIB mondial. Notre société sensible depuis longtemps à ces dérives, attend de plus en plus d’engagement éthique et d’honnêteté. Elle a déjà placé des bornes : les codes de déontologie. Une auto règlementation qui précise les droits et les devoirs des diverses parties - leur contenu doit permettre de porter à la connaissance de l’autre les règles essentielles à respecter. Les codes de déontologie font appel au sens de la responsabilité à la compétence, et même à une vision ; comme chez les architectes cette très belle introduction au serment. « en utilisant l’héritage qui m’a été laissé par mes ancêtres, je me dédie au progrès du savoir , à la recherche de la vérité et à l’augmentation des effets bénéfiques de ma profession envers l’humanité. » D’ailleurs, nous rotariens nous avons souhaité aller plus loin En 1922-23, le président Raymond Havens de Kansas City voyait « la déontologie professionnelle comme fondation de la civilisation universelle ». Guy Gundaker, de Pennsylvanie, président du RI en 1923-24 (surtout l’un de ses théoriciens). Et Arthur Sapp d’Oklahoma, Président en 1927-28 demandaient « l’adoption d’un code de déontologie inspiré du Rotary pour toutes les entreprises et professions dans le monde. »
Cette idée a été reprise plusieurs fois depuis mais n’a jamais pu trouver de concrétisation, pourtant nous sommes sans doute les seuls à avoir l’autorité pour cela. Pourtant, il faut bien dire qu’au début du Rotary, 2 courants de pensée se sont affrontés. Le club de Chicago dans ses statuts de 1906 avait inscrit « le soutien des intérêts d’affaires de ses membres ». Mais en 1912 cette phrase était abandonnée et la nouvelle écriture devenait :
C’est Arthur Sheldon un des premiers rotariens qui ayant créé une école de vente fondée sur l’idée que l’art de vendre avec succès dépend du service que l’on rend d’où cette devise véritablement pragmatique et bien connu au RI « qui sert le mieux profite le plus » Collins, Président du club de Minneapolis et d’autres allégueront que l’idée de servir ne saurait être confondue avec l’idée de gain proposèrent « servir d’abord » et le congrès du RI en 1950 retint les 2 dans un climat passionné. Aujourd’hui seul subsiste comme devise officielle « servir d’abord ». Encore que les rotariens japonais sont plus sensibles à l’autre devise dont ils retiennent surtout l’aspect moral. Et puis, nous avons eu le critère des 4 questions de Herbert Taylor adopté par le RI en 1943. Son caractère « introspectif » en fait un guide, en tous cas une référence rotarienne incontournable. Ecoutons Herbert Taylor : « Je n’avais jamais réalisé combien de mensonges étaient accumulés dans nos prospectus, notre correspondance et notre publicité…. La confrontation de notre publicité avec le Critère des Quatre Questions nous fit éliminer toute assertion dont la vérité ne pourrait être prouvée. Tous les superlatifs tels que « mieux », « meilleur », « le plus grand », « le plus beau », disparurent de nos annonces. A la suite de cela le public accorda peu à peu davantage de crédit à nos annonces et acheta davantage de nos produits. L‘usage constant du Critère nous amena à changer notre manière d’agir à l’égard de nos concurrents. Sur le point de faire faillite en 1932, notre Compagnie a remboursé intégralement ses dettes, payé plus d’un million de dollars de dividendes à ses actionnaires.
Lorsque je me pose cette question « est-ce conforme à la vérité » je cherche à dégager le vrai des apparences. Lorsque je dis « est-ce loyal » de part et d’autre, est ce que je ne cherche pas à transformer la situation à mon avantage. Et comment vais-je arbitrer le conflit possible entre l’exigence de vérité et le devoir de loyauté. « Est-ce susceptible de stimuler la bonne volonté réciproque » et de créer de nouvelles relations amicales. «Est ce bénéfique à tous les intéressés » Certes, le critère des 4 questions parait quelquefois un peu angélique mais à y regarder de plus près, le critère des 4 questions n’est-ce pas, tout simplement, la voix de notre conscience ; Cette voix qui provient du rayonnement de notre richesse intérieure. Cette richesse personnelle qui se nourrit d’une demande vers l’autre, en attendant de cet autre un retour pour soi même. C’est bien la vocation du Rotary International que d’amener les rotariens à se dépasser et à adopter un comportement éthique toujours plus élevé. Car une forte éthique se traduira dans les grandes décisions et dans les actes par un climat de clarté et de confiance qui renforce l’autorité naturelle et élargit la responsabilité. Nous avons enfin la déclaration des rotariens en affaires adoptée par le Conseil de Législation en 1989 qui ne se présente pas comme un serment mais comme un engagement à s’employer à servir autrui, la collectivité et les jeunes par l’usage de nos talents professionnels et surtout, dans son dernier article, à ne pas solliciter comme rotariens des avantages spécifiques qui ne seraient pas accordés à d’autres dans les pratiques normales du milieu des affaires. Au fur et à mesure que nous avançons, nous cernons bien la définition de l’éthique au Rotary. Une responsabilité personnelle face à soi même, face à notre libre arbitre qui justifie nos comportements et nos choix pour donner une vision cohérente de ce qui est juste. Le regretté past gouverneur, Michel Cocherel qui a beaucoup travaillé ce sujet avait une définition assez proche : Dans son traité de la petite éthique Paul Ricoeur l’illustre en lui donnant 3 rôles : le je, le tu, le il
Aujourd’hui, le temps est venu pour le Rotary International de prendre une initiative dans ce domaine. Notre déclaration des rotariens en affaires date déjà de 18 années et nous devrions réfléchir à placer notre 2ème but « cultiver, encourager l’observation des règles de haute probité dans l’exercice de notre profession » sous une charte éthique : Le rotarien bénéficie à son entrée dans le club des critères reconnus de qualités professionnelles et de dirigeant honnête dans l’exercice de son métier. Héritage que lui ont transmis les fondateurs et leurs successeurs du Rotary International. Ce courant à travers le siècle encourage les rotariens
C’est pourquoi les rotariens veillent avec simplicité :
C’est en manifestant son respect à autrui, aux institutions, aux actionnaires, aux salariés que le rotarien exprime sa responsabilité de citoyen et prend sa part dans une société juste. C’est pourquoi la charte éthique à laquelle nous nous référons sans être pour autant formalisée, s’appuie sur 3 éléments fondamentaux. Les 2 premières de nature personnelle :
Ceci aussi bien au Rotary qu’à l’extérieur peut être encore plus à l’extérieur. Tandis que le 3ème confirme ce qu’est l’attitude éthique dans le Rotary :
« Cultiver et promouvoir le comportement éthique contribue à donner une dimension humaniste » des choses comme le disait Michel Cocherel. Loyal - équitable - engagé Voilà le portrait du rotarien idéal Certes, ce n’est pas toujours le nôtre mais nous tendons vers. Je voudrais souligner un autre aspect qui n’est pas neutre pour notre éthique interne. Les dirigeants rotariens que ce soit le président du club, le gouverneur ; le dirigeant est un élu même si celle-ci se fait au 2e ou 3e degré ou par consensus, le dirigeant rotarien est légitime Cette légitimité n’empêche pas l’humilité car bien d’autres rotariens sont en mesure d’exercer la même responsabilité ce qui rend sa tâche délicate et qu’il s’adresse à d’autres dirigeants tout aussi bénévole que lui. Ecoute et estime réciproques sont indispensables et devraient inciter à mieux accompagner ceux qu’ils ont élus. Mais malgré tout, ces dispositions d’esprit ne seront pas suffisantes si notre conception de l’éthique n’est pas partagée par l’opinion publique. Il s’agit pour nous de donner l’exemple à titre personnel - c'est-à-dire réagir devant les dérives - mais aussi dans le fonctionnement de l’organisation, dans nos clubs, dans les districts et de réfléchir à d’autres manières de promouvoir l’éthique dans la société. Et en même temps, il nous faut bien affirmer le sens de notre engagement, c’est à dire mettre en valeur, au travers d’un comportement éthique, notre identité de rotarien au service du devenir de l’homme et de la société. C’est l’exemple qu’attendent les jeunes générations Car avant même les actions partagées dans le club - ou au-delà - avant même l’amitié ou la camaraderie que nous y trouvons, nous sommes déjà liés par une pensée, une culture qui a traversé les siècles. Un courant spirituel porteur de dignité qui s’adresse à ce qu’il y a meilleur chez les hommes de bonne volonté leur conscience Le Rotary est-il mieux que d’autres une expression de la conscience humaine dans un monde éclaté ? Alors, ouvrons la voie et citons pour terminer tout à fait, Rabindranath Tagore.
Serge Gouteyron |
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